Mes 3 trucs infaillibles pour la pêche en mer

pêche en mer
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Vous souvenez-vous d’Yves Parlier qui a terminé son Vendée Globe en 2001 en mangeant des algues et du plancton? Quel navigateur n’a pas rêvé de se nourrir de sa pêche en mer?

Imaginez ne plus avoir besoin de remplir vos cales de lardons, pâtés et conserves divers? Juste du citron, quelques oignons, des tomates et du riz?

Tout cela pour un modeste investissement: 50€ maximum pour une ligne et une dizaine de leurres de rechange. Il vous faudra aussi un bout et des bocaux en verre vides si la pêche est vraiment bonne.

Je me présente: je m’appelle Katell, depuis l’âge de 5 ans je navigue.  A l’adolescence Je suis passée du dériveur au croiseur et depuis je ne rêve que de traversées et de jolis mouillages. Je suis également l’auteur d’un blog sur la croisière où je partage mes techniques de manœuvre et de navigation: les tutos de la croisière.

En mer j’adore la pêche en mer. Mais contrairement à certains passionnés, aux amateurs éclairés experts en matériel et en super spots de surf casting, j’éprouve peu de plaisir à attendre sans rien faire qu’un poisson s’intéresse à mon hameçon. Je veux que ça morde tout de suite, ou alors ne pas avoir à m’occuper de ma ligne de pêche en mer. En fait je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai juste assez de patience pour monter mes bas de ligne et démêler les nœuds qui ne manquent pas de se former quand l’action se précipite.

Peut-on vraiment vivre de sa pêche en traversée?

Ainsi je ne parlerai que du mode de pêche qui me réussit le plus, celui qui demande le moins d’effort et d’attention à bord d’un voilier de croisière: la pêche à la traîne au large.

Mes premières prises: une bonite et un petit thon dans le golfe de Gascogne ont achevé de m’ouvrir à la vie en mer. J’étais encore stagiaire à bord d’un voilier-école. J’avais 17 ans. Je découvrais l’incroyable sentiment de liberté que procure la navigation hauturière. Partir quand je veux, où je veux, pourvu qu’il y ait de l’eau, avec pour seule contrainte la météo? Et me nourrir à bon prix de ce que m’offre l’océan? Waouh! Le rêve!

3 ans plus tard, à bord de mon Chance 32, un sloop de 9.80m, je me suis rendue aux Açores via Madère depuis Brest. Entre Madère et l’île de Santa Maria, de jolies dorades coryphènes se sont jetées avec avidité sur le petit poulpe de plastique que je leur avais tendu. J’en ai mangé une partie en marinade de citron vert, puis le reste en filet, poêlés légèrement et accompagnées de riz et de rondelles de bananes caramélisées: vive la pêche en mer, vive la croisière!

dorade coryphène

Pêche en mer : Avertissement

à ce point de l’article, si vous êtes une âme un peu trop sensible, je vous suggère de fermer cette fenêtre de votre écran. La pêche est une activité primitive, comme la chasse. Mettons nous d’accord: il s’agit bien d’attraper des animaux pour les tuer et les manger. Les histoires et les astuces que je vais vous donner ci-dessous n’ont pas d’autres buts que de se nourrir de sa pêche en mer. Donc si vous ne supportez pas l’idée que la viande et le poisson que vous mangez ont subi ce traitement, ne lisez pas ce qui suit.

Alors que je revenais de cette aventure depuis les Açores vers la Bretagne, en solitaire, j’ai essuyé la plus grosse déconvenue de ma vie de pêcheuse.

A l’aube du 5e jour de mer, au beau milieu du grand rien de l’Atlantique, je vis un fou de Bassan qui survolait le bateau avec insistance. il effectuait des aller-retours entre le cul du bateau et un point situé environ 50 mètres en arrière. Mon regard se posa sur la ligne de pêche, tendue comme une corde de piano. Quelque chose de diablement lourd s’était pris dans mon hameçon. Aussitôt je choquais l’écoute de grand voile pour ralentir le bateau et diminuer la tension sur le fil.

Équipée de gants, j’entrepris de remonter ma prise en m’aidant du winch de génois. A peine avais-je remonté 10 mètres de crin que je compris ce qui s’était produit. Un autre Fou de Bassan, peut-être compagnon ou compagne de celui qui tournoyait au-dessus de ma tête, avait plongé sur le poulpe en plastique que je traînais. Il s’était pris le bec dans l’hameçon.

Fou de Bassan –photo Elsa Barthes

J’adore les oiseaux en liberté. Leur vol me fascine. Leurs manières m’amusent. Mais je déteste le contact des plumes. En fait j’ai peur de les toucher.

Un Fou de Bassan peut atteindre une envergure d’1.80m, ailes déployées! Imaginez si vous devez l’attraper et qu’il se débat!

Il fallait bien que je le libère malgré ma répulsion. Je ralentis le bateau autant que possible sans l’arrêter, et je m’appliquai non sans difficulté à ramener l’oiseau sur le tableau arrière. Mais voilà, impossible de le remonter sur le pont toute seule, il déployait ses ailes, se tortillait et puis je ne me voyais pas tirer sur la ligne pour le soulever par le bec et le traîner dans le cockpit. J’avais mal pour lui et je me sentais terriblement impuissante.

J’avais déjà perdu quelques belles prises par le passé et pour y remédier, à Horta aux Açores j’avais acheté des hameçons à 3 branches. L’oiseau avait le bec littéralement cloué par par les trois pointes acérées. Les ardillons empêchaient tout retrait forcé. Impossible de les couper au ras du bec du Fou effrayé et certainement endolori. Il aurait fallu l’endormir, l’opérer peut-être. Pendant que je réfléchissais à une solution, son ami se rapprochait autant qu’il pouvait et poussait des cris de reproche.

Finalement je pris la seule décision possible. J’en suis encore malade. J’ai coupé le filin d’inox qui dépassait de son bec et laissé filer ma pauvre prise qui était vouée à mourir de soif et de faim dans un bref délai.

Autant vous dire que je n’ai plus JAMAIS acheté d’hameçons triples. Uniquement des simples, plus rarement des doubles, que je leste un peu plus pour qu’ils tentent moins les oiseaux. En écrivant ce texte, 25 ans plus tard, et même si pareille mésaventure ne s’est jamais reproduite, je me sens encore immensément coupable. Mais je ne vois toujours pas ce que j’aurais pu faire pour le sauver.

hameçon triple pour la pêche en mer

Arrivé à ce stade de mon récit vous devez soit penser que je suis bien sensible et que des oiseaux, il en meurt tous les jours, heurtés pas des avions, des voitures ou qui se jettent sur les fenêtres des bâtiments dont ils ne voient pas les vitres. Vous pouvez aussi me juger criminelle, et indifférente à la condition animale. Décider que la pêche amateur comme la chasse sont des activités malfaisantes, qui agressent l’écosystème.

Pour ma part j’en ai tiré plusieurs enseignements, mais je n’ai pas renoncé à pêcher en mer.

Je me suis posée certaines règles de pêche en mer que je partage ici.

  1. Prélever dans l’océan uniquement ce que je peux consommer et conserver.
  2. Éviter de faire souffrir inutilement les poissons.
  3. Ne pas mettre les oiseaux en danger.

Ma technique infaillible pour la pêche en mer

1.Montage de la ligne de pêche au thon

Quand je rentre dans un magasin de pêche, je suis impressionnée par la créativité des fabricants de leurres. Leurs créations sont magnifiques, colorées, brillantes, fuselées… Je me demande toujours si la finalité de ces leurres est vraiment d’attirer les poissons plutôt que de séduire les pratiquants de pêche en mer.

En tout cas ils coûtent très cher. En plus, si vous ne les rincez pas soigneusement, ou s’ils restent trop longtemps dans l’eau, ils finissent toujours par s’oxyder.

J’ai donc choisi un montage simple, peu coûteux, et qui s’est avéré plutôt efficace. Pour une ligne de pêche j’emploie 50m de tresse bitumée, encore appelée ligne à thon.

Vous pouvez également utiliser de la tresse verte, moins solide, si les eaux ne sont pas infestées de requins. J’y accroche un émerillon, auquel j’ajoute encore 20m de crin de pêche transparent de forte résistance (30 à 50 livres), puis un dernier émerillon auquel est fixé un bas de ligne en inox.

Le bas de ligne est constitué d’un câble d’inox tressé, d’un hameçon simple ou double, et d’un leurre.

Pour le leurre je superpose 2 poulpes en plastique de taille identique (environ 14 cm de long) et de couleurs différente. Dans la tête des poulpes je place un plomb olive le plus gros possible. Les jonctions se font par sertissage de petits tubes en inox adaptés au diamètre du câble inox.

Voici une photo de la ligne que j’ai utilisée avec succès cet été dans le Golfe de Gascogne, à la remontée du plateau continental. Elle a ramené deux beaux thons de 15kg!

Montage pour la pêche au thon, dorade coryphène, thazard, barracuda etc.

Il vous suffit ensuite de dérouler le tout dans votre sillage et de fixer la ligne à un taquet. Vous devez naviguer à 4-5 noeuds au moins pour espérer attirer les thons.

2.Comment éviter la rupture de la ligne de traîne

En 2001, j’ai traversé le Pacifique en famille entre Panama et les Marquises en 28 jours. Je n’ai jamais autant perdu de lignes de pêche que durant cette traversée.

En effet je ne vérifie mes lignes que 4 ou 5 fois par 24 heures. En l’absence de moulinet de pêche je n’ai aucun signal sonore pouvant m’avertir d’une prise. Dans cette zone du Pacifique de très gros poissons et surtout de nombreux requins ont avalé nos bas de ligne et cassé les tresses bitumées sans que je ne m’en aperçoive tout de suite. Nous avancions au portant à une vitesse proche de 8 nœuds dans l’alizé, ce qui fait que lorsqu’un requin attrapait le bas de ligne, le choc était assez violent pour la casser tout de suite.

Au bout de 3 semaines je n’avais plus de tresse, je l’ai remplacée par de la garcette, et ça a très bien marché d’ailleurs puisqu’en arrivant devant Nuku Hiva nous avons pris le plus gros thon que j’ai jamais vu vivant. Je vous raconte ce qui s’est passé ensuite dans le point suivant.

un thazard pêché pendant la traversée du Pacifique entre Panama et les îles Marquises

Pour éviter de perdre mes lignes, j’ai finalement mis au point un système d’amortisseur et un témoin de prise.

De quoi s’agit-il?

Tout simplement d’un morceau de chambre à air de voiture ou de camion, tendue entre deux point de la ligne. Dès qu’un gros poisson tire sur l’hameçon, la chambre à air amortit le choc en se tendant à la place de la ligne de pêche en mer.

Pour le témoin j’ai ajouté des brins de laine passés en quintuple épaisseur sur les 2 extrémités de la chambre à air. Quand le caoutchouc se tendait, la laine cassait, signalant qu’un choc s’était produit. Comme il faisait beau nous étions souvent dehors et le contrôle visuel de la ligne était plus spontané que de se pencher pour estimer la force de la traction.

Encore plus efficace: j’ai enroulé la tresse/garcette autour d’un winch avec suffisamment de tours pour qu’elle se bloque toute seule quand la ligne était libre. Dès que la tension augmentait le winch tournait produisant un cliquetis qui nous avertissait d’une prise éventuelle. Cela fonctionne mieux avec de la garcette dont le diamètre est plus élevé que celui de la tresse.

3. Remonter le poisson sans le perdre et l’occire rapidement.

Dans le point précédent je vous disais que nous avions pris un thon très lourd en arrivant aux Marquises. Le contexte était idéal: beau temps, une mer maniable, et surtout le port de Taïohae à 5 milles tout au plus. Après un mois de navigation la montagne marquisienne crevait le décor de ses verts magnifiques.

Le winch s’est dévidé tout seul, nous signalant une prise. Nous avons remonté un magnifique thon au ras de la jupe. Il restait à le hisser avant qu’il ne se décroche. Nous nous voyions déjà débarquer avec des quarts de poisson à partager avec les occupants des lieux. Belle entrée en matière pour se faire des amis!

A ce moment là le téléphone par satellite à sonné et mon compagnon m’a laissé seule avec ce monstre marin pour répondre. J’étais furieuse car je craignais que le poisson ne se décroche. Et ce d’autant plus que l’hameçon en question ne comportait qu’une pointe…

Seule je ne pouvais pas le remonter, et d’ailleurs je ne savais pas trop comment nous allions nous y prendre. A mon avis, il devait bien peser dans les 40 kg, si ce n’est plus.

Au final, bien sûr il a réussi à se libérer et nous sommes rentrés bredouilles dans la baie de Taiohae. Enfin, pas complètement car j’avais quelques conserves à bord des plus belles prises de cette longue traversée. De quoi manger pour plusieurs jours à 3.

En racontant cette mésaventure à d’autre plaisanciers présents à Nuku Hiva, j’ai appris une astuce absolument géniale et très efficace pour remonter à coup sur un gros poisson à bord lors d’une pêche en mer

pêche en mer
thon pêché en mer, dans le Golfe de Gascogne

Il suffit d’un bout d’un diamètre adapté à la taille du poisson. Suffisamment gros pour ne pas vous blesser les mains ni se rompre dans la bataille. En général du 10mm convient.

Quand vous avez une prise:

Ralentissez à 2-3 noeuds

– Ramenez le poisson jusqu’au tableau arrière

– Passez votre bout autour de la ligne, et faites un nœud coulant un peu plus large que son ventre. Faites glisser la boucle au-dessus de sa tête. Laissez la glisser le long du corps. Resserrez progressivement jusqu’à ce que le nœud enserre la base de la nageoire caudale.

– Tenez fermement le bout et relâchez le bas de ligne doucement jusqu’à inverser la position du poisson. A ce stade vous le tenez par la queue, et vous pouvez l’attacher solidement au bateau. Si vous le trainez ainsi à l’envers avec les ouïes dans l’eau, il va se noyer en quelques minutes.

S’il vous est possible d’accéder à sa tête, vous pouvez l’achever instantanément en versant de l’alcool à 90° dans ses ouïes. En alternative, placez un linge sur ses yeux, cela le calme immédiatement. Puis enfoncez rapidement une lame sur le sommet de la tête jusque dans le cerveau.

Cela est également efficace pour ne pas laisser agoniser les petits poissons. Il se peut qu’ils aient encore quelques soubresauts, mais c’est purement nerveux. Laissez la chair se détendre. Vous pouvez ensuite tirer les filets et faire vos conserves…

Pour les conserves et les recettes de poisson, je vous conseille de lire Le guide de la cuisine à bordde Michèle Meffre. Ses recettes sont délicieuses et vraiment adaptées au voyage en bateau et à la pêche en mer.

Si vous voulez en savoir plus sur mes aventures nautiques, ou que vous voulez progresser en voile et devenir votre propre skipper, rendez-vous sur mon blog les tutos de la croisière.

En attendant de me rendre visite, dites-moi ce que vous auriez fait pour le Fou de Bassan. J’en suis encore malade. Je suis sûre qu’il y aurait eu une solution pour le sauver. Mais laquelle?


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