Naviguer en solitaire : des conseils pour éviter le pire !

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Naviguer en solitaire ? Pourquoi pas ! Ce n’est pas un “prestige” réservé uniquement aux marins chevronnés ! Cela dit, une navigation en solitaire ne s’improvise pas.

Les risques sont énormes, et il faut bien se préparer. Cet article vous présente quelques conseils et astuces pour anticiper les risques et rester maître de votre bateau lorsque vous allez naviguer en solitaire !

Les éléments à prendre en compte avant de partir naviguer en solitaire

Ça y est, vous êtes prêt à faire trembler vos proches et amis en choisissant de naviguer seul ?

Eh bien, tout marin averti sait que partir en mer nécessite beaucoup de préparation.

En effet, le bon déroulement d’une navigation en solo repose en premier lieu sur quelques vérifications importantes.

Une check-list de contrôle est la première étape pour bien préparer votre sortie en mer en solitaire.

En fonction de la durée et de la zone de navigation, la check-list élaborée doit permettre de vérifier rapidement certains éléments importants tels que :

  • Le bon état mécanique et structurel du bateau.
  • La présence d’un équipement de sécurité et d’intervention d’urgence adapté.
  • La présence de pièces de rechange (courroies, filtres, etc.), de kits de réparation, et des outils nécessaires pour le démontage et le remontage.
  • Les documents nécessaires pour naviguer en mer.
  • Du carburant suffisant avec une bonne marge de sécurité pour éviter les risques d’immobilisation en mer.
  • Le bon fonctionnement des appareils de communication et de navigation (VHF, GPS, etc.).
  • De la nourriture et de l’eau (bien entendu, pas d’alcool à bord !).
  • Des vêtements adaptés aux conditions de navigation.
  • Des médicaments (au besoin).

Établir un plan de navigation et le partager avec une personne de confiance

Avant de partir naviguer en solitaire, il est plus que nécessaire de faire un plan de navigation.

Ce dernier doit présenter en détail toutes les informations relatives à votre sortie : date, heure, et lieu de départ, destination, escales, date prévue pour le retour, etc. Après avoir bien préparé votre plan de navigation, vous devez le partager avec une personne de confiance tel qu’un proche ou un ami par exemple.

Essayez aussi d’envoyer des nouvelles à cette personne le plus souvent possible et à chaque étape importante du voyage. L’idée est que quelqu’un d’autre puisse suivre l’évolution de votre navigation et vous venir éventuellement en aide en cas d’urgence.

Si la zone de navigation n’est pas couverte par un réseau GSM ou Internet, alors pensez à avoir un téléphone satellite à bord de votre bateau.

Prendre la météo

Naviguer en solitaire a toujours fasciné les humains. Plus qu’un divertissement ou un challenge, c’est aussi une quête à la liberté.

Mais la mer est aussi un lieu plein de danger, aussi bien pour un néophyte que pour un plaisancier expérimenté. D’ailleurs, la plupart des accidents en mer sont dus à des phénomènes météorologiques tels que le brouillard, les tempêtes, les vents forts, etc.

Ce n’est pas un secret, la météo peut changer très vite et mettre en danger la sécurité du navigateur.

Ainsi, il ne faut jamais naviguer, même pour quelques heures, sans avoir à sa disposition un bulletin météo valide durant tout le temps de navigation et sans avoir croisé les sources d'information.

Voici quelques sites pour prendre la météo : 

Porter toujours votre gilet de sauvetage

Le port d’un tel équipement de sécurité est vital, surtout lorsque vous naviguez seul !

En effet, plus de 60 % des décès dus à la navigation de plaisance sont causés par une noyade. Et plus de 75 % de toutes les victimes de noyade ne portaient pas de gilet de sauvetage !

Porter votre gilet en permanence pour naviguer en solitaire est donc la chose la plus importante que vous puissiez faire pour assurer votre sécurité en mer.

C’est un peu comme la ceinture de sécurité dans une voiture, vous ne savez jamais quand cela pourrait vous protéger d’un accident mortel !

Les gilets de sauvetage automatiques ne sont pas encombrants, n'entravent pas trop vos mouvements et peut vous sauver la vie.

Avoir un bateau en état de naviguer

Prendre la mer sur un bateau qui n'est pas en parfait état de navigabilité est imprudent à tout égards, et même contraire à la loi dans de nombreux endroits.

Si vous prévoyez de naviguer en solitaire, il est essentiel que tout soit en bon état.

La batterie qui ne prend pas une charge complète, le feu de navigation qui ne marche pas tout le temps, la petite fuite qui fait que la pompe de cale se déclenche plus souvent qu'elle ne le devrait.

Toutes ces choses doivent être corrigées avant de partir seul.

Le moteur doivent être bien révisé, les voiles si vous avez un voilier, doivent être en bon état et tout ce qui fait du bateau un endroit sûr pour vous doit être inspecté. Les défauts doivent être réparés.

Si vous êtes dans un bateau à moteur, assurez-vous d'avoir suffisamment de carburant et que votre plan de navigation prévoit des arrêts pour faire le plein de préférence avant d'atteindre le dernier tiers de votre réservoir.

Conseils sur la nourriture pour naviguer en solitaire

Etre seul(e) à bord signifie que vous devrez préparer vos propres repas et tout nettoyer après vous-même.

Bien que cela semble simple, si vous êtes pris dans une mauvaise situation météo, vous ne voulez pas que la vaisselle et les ustensiles volent dans tous les sens et vous préférerais vous concentrer sur la maitrise du bateau !

Plutôt que les trois repas par jour auxquels vous êtes habitué à terre, vous devez planifier et pré-emballer les aliments et les boissons de manière à grignoter tout au long de la journée pour maintenir votre niveau d'énergie.

En cas de mauvais temps, vous ne serez pas inquiété par la nécessité de préparer le repas ou même ralenti, au niveau de la forme physique, par le besoin de nourriture ou d'eau.

Les sandwichs pré-emballés, les boissons en petites bouteilles ou cannette et les collations (barres de céréales etc...) vous permettent de manger sans créer beaucoup de bazar que vous devez nettoyer.

OK, ce ne serais pas une période ou vous pourrez vous targuer d'avoir mangé sainement mais il faut voir le côté pratique pour naviguer en solitaire. 

La nourriture doit être stockée dans sac étanche qui peut être rapidement emporté avec vous si vous devez abandonner le navire.

Naviguer en solitaire : Gardez des vêtements de rechange à bord

Vous devez vous assurer d'avoir des vêtements plus chauds à portée de main et facilement accessibles. Les fronts froids peuvent souffler rapidement, entraînant des baisses soudaines de température. 

Prévoir un change complet dans l'éventualité ou vous vous retrouvez mouillé, par la pluie ou par les embruns.

Cela peut paraitre évident mais il est facile de se dire : "C'est sur 2 jours, la météo est bonne, je peux me contenter d'une tenue" C'est une erreur !

Il devrait également y avoir des vêtements supplémentaires dans votre kit d'abandon de navire.

Équipement de sécurité et d'urgence sur le bateau

En plus de porter un gilet de sauvetage en permanence sur le pont, il y a le reste du matériel de sécurité.

L'équipement de sécurité requis par la loi de votre pavillon, souvent, est d'une exigence minimale.

Lorsque vous devez naviguer en solitaire, souvenez-vous de ce mot « minimum ». Dans le monde réel des urgences, le minimum requis n'est jamais suffisant.

On vous dit d'avoir 3 fusées de détresse, prenez en 6 ! Comme disait mon premier capitaine : "Sur un bateau, on achète tout en double" 

Une radio VHF est indispensable. Les téléphones portables peuvent être utiles dans la limite de la couverture du réseau.

Mais rappelez-vous, tout cela repose sur l'alimentation par batterie. Avez-vous des piles de rechange ou avez-vous un moyen de les recharger?

De même, il est important d'examiner chaque équipement de sécurité à bord, de la pompe de cale à vos ancres, et de réfléchir à leur fonctionnement là où vous allez et à leur accessibilité en cas d'urgence.

Vos cartes doivent être à jour et vous devez avoir au moins des compétences de navigation rudimentaires. Un GPS est un complément pratique mais il dépend aussi de l'électricité, et une batterie noyée et en court-circuit vous laissera aveugle.

Avant de partir, vous devez indiquer sur les cartes les endroits où vous pouvez vous arrêter en cas d'urgence et où vous pouvez vous arrêter pour vous ravitailler si vous prévoyez en avoir besoin.


Balise de localisation personnelle (PLB)

Porter une balise de localisation personnelle (PLB) à sa ceinture lorsque qu'on navigue en solo est une sécurité supplémentaire. 

Lorsqu'ils sont activés, ces appareils de communication par satellite compacts à piles envoient un message électronique aux secours telles que les CROSS et émettent des signaux de guidage afin que les sauveteurs puissent localiser la victime.

Il existe des modèles AIS qui augmentent encore plus les chances d'être retrouvé rapidement

Un PLB doit être correctement paramétré afin d'aider correctement les secours.

Porter une VHF ASN portable sur soi

En navigation en solitaire,  attachez uneVHF portable sur votre ceinture.

Un modèle flottant et étanche avec GPS et DSC intégrés.

Un bouton rouge à l'arrière vous permet d'envoyer un appel de détresse ASN aux secours, ainsi qu'aux bateaux à proximité équipés de VHF équipés d'ASN, avec vos coordonnées GPS.

Et, bien sûr, vous pouvez transmettre un Mayday par la voix et converser avec les sauveteurs.

Pour que l'ASN fonctionne correctement, vous devez vous inscrire pour obtenir un numéro d'identité du service mobile maritime (MMSI) et saisir les informations dans la VHF.

Si vous disposez déjà d'un MMSI pour la VHF fixe de votre bateau, vous pouvez également l'utiliser pour la VHF portable

Lignes de vie

Vous allez vous retrouver sur le pont ou dans un cockpit ouvert, vous devez donc avoir des lignes de vie installées autour du bateau et vous devez rester accrochées à elles avec une longe fixée à votre gilet de sauvetage.

Bien qu'ils soient plus fréquents sur les voiliers, sur un bateau à moteur, on peut avoir à se déplacer à l'avant du bateau pour déployer une ancre ou une ancre flottante et donc on devrait devrait également gréer des lignes de vie ou avoir un autre moyen de s'attacher à des points d'ancrage solides sur le bateau.

Avoir un émetteur - récepteur  AIS à bord

AIS (Automatic Identification System) est un système d'identification automatique. Ce la permet à tout navire qui en est équipé de se signaler (position, cap, vitesse etc...).

C'est un outil qui permettra également à vos proches de suivre votre progression en temps réel en utilisant des plateformes gratuites telles que marinetraffic.com

Il est également possible, en connectant l'AIS à votre lecteur de carte électronique de régler une alarme qui se déclenchera lorsqu'un autre navire entre dans une zone définie autour de votre bateau.

Bien que plus onéreux, je vous recommande d'installer un AIS émetteur - récepteur plutôt qu'un simple récepteur. 


Savoir faire de petites réparations

Si vous êtes en solitaire, il est bon que vous compreniez les bases de la mécanique de votre bateau et de ses équipements et que vous puissiez effectuer de petites réparations au besoin.

Cela peut impliquer une petite collection de manuels et une petite collection d'outils et d'articles de réparation tels que du fil, du ruban adhésif et un spray de WD40, du mastic etc...

Mais ces informations et les fournitures nécessaires valent la peine d'être possédées. Vous devriez également avoir des pièces de rechange disponibles pour les petites réparations que vous devrez peut-être entreprendre.

Encore une fois, il est important de réfléchir à ce qui pourrait arriver et à ce que vous pouvez raisonnablement entreprendre sans appeler les secours.

Avoir un grab bag

Un grab bag est un sac destinés aux pires scénarios dans lesquels vous devez abandonner le navire.

Vous devez en avoir un prêt et facilement accessible à tout moment. Au minimum, il devrait inclure des dispositifs des feux de détresse, de la nourriture, de l'eau, des vêtements et une trousse de premier secours.

D'autres éléments dépendront de l'endroit où vous vous rendez, alors regardez votre itinéraire et pensez à combien de temps vous pourriez être seul à attendre un sauvetage.

Ajoutez plus d'éléments comme bon vous semble pour chaque situation possible, par exemple : Lampe torche à LED, couvertures de survie (ou combinaisons), un leatherman, kit de pêche, une VHF portable, un compas, des jumelles etc etc...

Pour conclure sur la navigation en solitaire

Partir en mer seul est une expérience inédite qui apporte beaucoup de satisfaction. C’est aussi un moyen efficace pour se dépasser et booster la confiance en soi.

Mais comme nous l’avons évoqué auparavant, cela ne s'improvise pas. Il faut toujours rester vigilant et être attentif au moindre détail.

L’un des grands problèmes auxquels vous devrez faire face sera la gestion de la fatigue. En effet, lorsque vous naviguez seul, vous devez tout faire par vous-même. Pour assurer une veille quasi continue et rester en contrôle de votre bateau, vous devez apprendre à dormir par tranches de 15 à 30 minutes maximum.

Pendant la nuit, il convient de réduire la vitesse du bateau pour avoir une bonne marge de sécurité en cas de problème inattendu.

Dernier conseil, soyez flexible face à la météo !
Il y a eu de nombreuses catastrophes maritimes parce que les navigateurs ont essayé de « d'être plus fort que la météo ».

Choisissez votre temps de trajet avec soin pour éviter autant que possible les intempéries. Si le trajet est long, il peut être impossible d'éviter le mauvais temps.

Assurez-vous d'avoir des endroits pour vous arrêter en cours de route et que tout dans le bateau est correctement arrimé ou attaché si le mauvais temps approche.

Assurez-vous que quelqu'un sache où vous êtes et quand vous comptez vous présenter à nouveau. Enfin, assurez-vous que votre équipement d'urgence est prêt et que vous êtes prêt à l'utiliser.

Naviguer seul sur votre bateau n'est pas une entreprise difficile tant que vous préparez vous-même et votre bateau à l'avance.

Les voyages de courte durée ne nécessiteront pas autant de planification que les voyages de plus longue durée.

Le bon sens et la sécurité devraient être vos guides.


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  • Merci Florian
    Bien vu l’idée de repérer sur nos cartes les lieux de replis rapide, surtout quand on a un grand tirant d’eau. Tous les ports ne sont pas accessibles et les repérer à l’avance est un gain de temps précieux en cas d’urgence. Trop de stabylo tue le stabylo mais une couleur pour les ports et une autre pour les mouillages c’est peut-être à considérer…

  • Bonjour le gilet de sauvetage en navigation « solitaire » n’ a que peut de sens, en effet personne pour vous récupérer si vous tomber à l’eau… il est donc plus judicieux de porter un harnais (3 points)et de bien s’accrocher à la ligne de vie. Cordialement

  • Merci
    C’est très clair. Je retiens qu’il faut avoir tout en double.
    Vous avez une technique pour s’entrainer à dormir par tranches de 20 mn ?

    • Pas vraiment mais je sais qu’il faut s’entrainer à s’endormir à la demande en fait une sorte de méditation en scan corporel. J’ai testé quand il fallait partir pendant la nuit et du coup se coucher tôt sans être fatigué et ça marchait pas mal

  • Merci Florian pour ce rappel de recommandations, valables en solo mais aussi en équipage en particulier en cas de navigation de nuit. A ces propositions je rajouterai autant que possible d’équiper son bateau d’un émeteur-récepteur AIS; outre le fait qu’il permette de voir et d’être vu par les autres bateaux qui en sont équipés (tous les professionnels!) et d’éviter les collisions, il permet aussi aux proches restés à terre de suivre la progression du bateau en utilisant les services (gratuits) de VesselFinder ou MarineTraffic, et de limiter l’anxiété de ceux qui tiennent à vous; c’est un peu cher mais ça en vaut la peine.

    • Merci Alain, je vais le rajouter dans l’article. Avoir un AIS de classe A est vraiment un super outil pour la sécurité !

      • Je suis particulièrement content du Icom MA 500 TR qui est totalement autonome avec son propre écran permettant d’identifier les navires à proximité et son alarme si risque de collision.
        Alain